De vieux vinyles en mode punk, HC, et autres qui méritent quelques mots.
Des textes qui méritent citation.
Pour une méritocratie affective, somme toute...
...que
l'album « Never mind the bollocks » fut
précédé de 45t, lesquels sortirent en France, chez Barclay,
et ce fut donc le cas de « God save the queen ».
Sa sortie officielle en Grande Bretagne eu lieu le 27 mai 1977.
Le
scandale fut direct et imparable : s'attaquer à la monarchie (au
moment de la célébration du jubilé de la reine) et inventer le
slogan phare du mouvement punk (no future !) au moyen d'un petit rond
de vinyle, bientôt diffusé dans le monde entier, eut un double
effet.
En premier lieu, les Sex Pistols, qui commençaient à raser
les murs depuis la mise en route de leur 1er hit « Anarchy
in the UK », devenaient des ennemis public n°1. Johnny
Rotten, le chanteur, ainsi que ses camarades, commencèrent à
subir des attaques physiques directes, (couteau, barre de fer, lame
de rasoir).
Mais dans un deuxième temps, l'esprit du « No
future », qui au départ ne devait concerner que
l'Angleterre et ses rêves déchus, allait se répandre, durant toute
la fin du 20e siècle, dans les esprits jeunes et moins
jeunes, jusqu'à gagner le titre de philosophie quotidienne,
d'analyse radicale, d'excuse typique, et de conclusion agaçante,
pour tous les affairistes nous vantant la beauté des années à
venir. Les Pistols avaient raison.
Sources
: Jon Savage, England's dreaming -
Les Sex Pistols et le mouvement punk, Allia, 2002
/ Bang ! It's the Sex Pistols ! T. Schwartz in Newsweek 01/1978 /
Outsets ? Et
même pas de « the » devant le nom du groupe ?
Eh bien non ! Il faut bien dire que la pochette de ce maxi EP
n'aurait pas retenu mon attention (un calibre « on the
rocks » dans une coupe, avec assortiment d’œillets
fanés...) si je n'avais vu Ivan Julian au dos. Et là, il faut dire
que l'autre guitariste des Voidoids
a de quoi tirer nos neurones de la torpeur, qualifié qu'il est pour
raviver nos souvenirs de la « blank
generation ».
Avec son complice Robert
Quine, ils
ont zébré le premier 33t de Richard
Hellde
superbe façon, donnant ses lettres sauvageonnes à l'écriture
guitaristique, torturant l'électricité, passant les accords au
scalpel du raffinement punk !
Alors certes, c'est le punk de
New York, en lui-même assez varié (les Voidoids sont
différents des Ramones qui n'ont pas grand chose en
commun avec Blondie, cela a souvent été dit et
rabâché, même si tous ces artistes évoluaient dans le même
périmètre). Et quand on écoute Ivan Julian et ses
Outsets, on a cette voix qui nous fait penser à celle de
Richard Hell, et les éclairs de guitare qui nous
rappellent ce superbe album qu'est Blank Generation. On est
dans le même esprit.
Bien sûr, le EP qui vous vaut
ce papier aujourd'hui est produit à la sauce de l'époque (eighties) par
Garland Jeffreys. Un son poli, beaucoup trop poli et
compressé. Trop maniéré et finalement paralysant l'énergie des
titres. La conséquence en est une primo-déception qui vaudra à
cette pièce de vinyl un long purgatoire dans le stock de disques,
classé/délaissé/oublié à la lettre « O ». Il faut
des années pour forger une écoute attentive. Revenir à cet
enregistrement, c'est déjà admettre que les eighties sont
loin derrière, et qu'on peut y trouver des pépites, si on se donne
l'occasion de la réécoute .
Et justement, sur la toile, on
pourra trouver une version live de « Young man's
money »1, un titre énergique, à un moment
où l’argent de poche manque à pas mal de plus jeunes ! En
trente années de dépression économique, on pourra dire qu'il
existe au moins une constante en la matière !
Les autres titres sont des
ballades urbaines plus ou moins enlevées, avec de petites touches funk (Dancin'
in the dark), des arpèges cristallins de guitare Fender qui
se perdent quelquefois en distorsions liquides avec une voix
quasi-new wave (Heart on fire) et ce qui aurait dû
donner son titre au EP, le morceau Iceman, mais bon, si
nous apprécions la guitare d'Ivan Julian, on ne peut que constater
ici un manque de... créativité ! L'instant orgasmique du
rock'n'roll n'est pas là ! OK, je joins à ce papier numérique deux vidéos : la version EP de « Young man's
money » et « Blank generation », juste histoire de.
1 – Live at WFMU /
chatting with Terre T : un ensemble de titres enregistrés
live en 2011...Trouvable, téléchargeable...
Banzaï ! Au sujet de Kevin Coyne, artiste anglais unique en son genre. Ah, une voix... Venue de nulle part dirait-on en première approche. De multiples notices parsèment la toile, et nous persuadent qu'il n'en est rien : sa vie, aux limites de la folie, ses goûts musicaux, ont poussé en ce sens. Tu fais avec la voix que tu as. Tu dis avec les mots que tu as glanés. Les chansons, elles n'ont rien perdu de ce côté abrasif et décalé...
Le double album « Marjory razorblade » n'est pas une partie de plaisir. Nous sommes loin des illusions des années soixante, et plus proche des névroses punk. Pas étonnant que Johnny Rotten, au grand dam de son producteur, ai passé du Kevin Coyne (Eastbourne ladies, 4e titre de la face 1 du double LP) lors de la seule émission de radio où il eut carte blanche pour la programmation musicale.
Pourtant Kevin Coyne, je ne peux pas dire que je le connais autant que ça... Je me souviens que le « Banzaï » qui retentit sur un de ses albums sorti dans les années 80 m'avait beaucoup impressionné : j'y sentais l'aliénation du travailleur à la chaine de chez Toyota, plus clairement exprimée que dans un tract syndical !
L'énergie désespérée et le regard ironique sur les choses et les êtres ? Eh bien, cela tombait plutôt mal au début des années soixante-dix, où la masse des auditeurs marchait sur les braises des utopies floues de la décennie précédente, ce feu qui allait s'éteindre. On a du dire à Kevin Coyne que sa musique, ses chansons, son attitude, étaient un peu décalées, pas assez dans le sens de la joie béate de rigueur, et que, commercialement, c'était le plongeon dans les abysses.
A l'heure où le folk et ses guitares sèches sont de retour, gardons-nous d'être béat : les visions du quotidien que Kevin Coyne projette sur le noir du vinyl sont nôtres. Elles n'ont pas quitté le monde que nous arpentons. Sa poésie touchait bien le cœur de la cible. Ce n'est pas fini.
Cette version de Marjory razorblade est boogie, décalée et …
Mais, ci-après,Banzaï est plus new wave, plus lisse et synthétique (1982 - LP "Politicz") ; totalement inquiétant, politiquement sans appel : la voix hésite entre cynisme et abandon... "Working in the factory..."
"Il est temps d'abandonner le monde des civilisés et sa lumière. Il est trop tard pour tenir à être raisonnable et instruit - ce qui a mené à une vie sans attrait. Secrètement ou non, il est nécessaire de devenir tout autres ou de cesser d'être.
Le monde auquel nous avons appartenu ne propose rien à aimer en dehors de chaque insuffisance individuelle : son existence se borne à sa commodité. Un monde qui ne peut pas être aimé à en mourir - de la même façon qu'un homme aime une femme - représente seulement l'intérêt et l'obligation au travail.
S'il est comparé avec les mondes disparus, il est hideux et apparaît comme le plus manqué de tous. Dans les mondes disparus, il a été possible de se perdre dans l'extase, ce qui est impossible dans le monde de la vulgarité instruite. Les avantages de la civilisation sont compensés par la façon dont les hommes en profitent : les hommes actuels en profitent pour devenir les plus dégradants de tous les êtres qui ont existé (...)"
Georges Bataille - avril 1936 -in Acéphale n° 3-4, juillet 1937
Dans ma collection d'album, la faucheuse fait son œuvre. Poly Styrene, cela fait juste un an qu'elle a quitté ce monde, à l'âge non-canonique de 53 ans. Elle avait chanté dans un vrai groupe punk/pop, fondé après qu'elle ait vu un concert des Sex Pistols, en 1976 : X Ray Spex (le nom des lunettes à rayons X, qui permettaient paraît-il de voir à travers les vêtements).
Un 45 tour (Oh bondage, up yours ! B/W I am a cliche) va lancer le groupe en 1977. Poly est reconnaissable entre mille avec sa voix haut-perchée, qui annonce les titres de ses morceaux, avec énergie ! X Ray Spex oscille entre punk enlevé et bluettes emplies de justes considérations sur la vie moderne et ses tracas.
A la différence des autres punks, X Ray Spex déploie une fraicheur inégalée à l'époque, utilise un saxophone, pour ponctuer mélodiquement ses chansons, joue avec sentiments et humour citadin. Certes, la carrière du groupe ne franchira que l'étape d'un premier album, et s'arrêtera là. Comme beaucoup... Regrets.
Le LP Germfree Adolescentsa cette étrange pochette où l'on voit chaque membre du groupe dans un tube à essai (à l’abri des bactéries ?). Une belle trouvaille : les pochettes de 33t ont d'ailleurs toujours constitué un terrain favorable pour les graphistes ingénieux et novateurs.
Les douze chansons de l'album sont en phase avec l'époque : société de consommation dont on voudrait se défaire, obsessions urbaines, rebelles de l'asphalte (Warrior in Woolworths), identité et génie génétique (Genetic Engineering, très prophétique), le titre éponyme de l'album, Germfree Adolescents, est une sorte de ballade électrique, comme un slow punk (repris par Neneh Cherry de nos jours).
Voilà. Comme toujours, dans la profusion des groupes, des albums, des chansons, il est intéressant, sinon indispensable, d'aller chercher les pépites, de se souvenir de qui a marqué une année : en l’occurrence un petit bout de femme, qui ne serait jamais montée sur scène sans l'effervescence punk (du moins pour hurler de cette façon !), et qui a écrit un paragraphe de l'histoire du rock.
R.I.P. Poly.
Sources : Dictionnaire du rock (M. Assayas) ; chroniques d'A. Wais (Le Monde) ; album d'X Ray Spex – Germfree Adolescents (EMI – 1978)
J'aurai une certaine jouissance à expliquer le choc qu'a été Métal Urbain pour moi. Voilà de la musique et des paroles en prise avec l'actualité de 1976-1978, mais qui curieusement sont devenues intemporelles, fondatrices et définitives. Ce sont des textes qui sonnent juste, écrits en français, et qui ne s’apitoient sur rien, ni la situation d'artiste, ou de guitariste, ni sur un plan de carrière impossible, ni sur les élites, ni sur ceux qui suivent les modes ou les courants politiques. Il ne s'agit pas d'une bande-son pour une utopie joyeuse.
Métal Urbain ou la fusion improbable d'un anarchisme lettré et d'un nihilisme revendiqué (ou d'un situationnisme suintant si l'on veut), avec le rock punk, ce dernier passé dans les bobinages de synthés non-planants. Métal Urbain qui invente un courant en soi : le synthpunk ! Et ça dégomme sec dans tous les compartiments : les titres de cette compilation (Les Hommes Morts sont dangereux, regroupant les premiers 45t et beaucoup d'autres gemmes), n'épargnent personne, et sous forme de tracts définitifs, envoient des shrapnells d'un bout à l'autre des tranchées. Je précise : je parle du vinyl sorti en 1981.
La société française fin 70 subit une sérieuse préparation d'artillerie, avec des titres comme 50/50, Anarchie au Palace, Paris Maquis (ce dernier étant pour moi l'archétype du morceau à emporter sur l'île déserte), Pop Poubelle, E202, mais d'autres textes abordent des sujets politiques aux contours moins nets, ainsi Ghetto, pour le destin individuel tout tracé, Numéro Zéro pour une tentative de maîtrise du (même?) destin, Futurama, Hystérie Connective, pour une société en perte de contrôle, où le rire ne cache pas le désespoir, ni le millénarisme à deux balles (souvenez-vous de l'an 2000 !) le vide abyssal du futur, Panik, vrai cauchemar à la japonaise, où un Godzilla robotique sème la terreur dans la ville, pendant que l'individu s'abandonne à la propagande par le fait, Atlantis, constat de disparition de la démocratie, critique directe sur fond de nouvelle vague (subversion, submersion), haine de l'argent, haine du « vieux monde » avec ses « héritiers déplorables... Fauteurs de révolution ».
Côté culturel, on trouve le « warholien » Lady Coca-Cola, un Ultra Violence marqué par Orange Mécanique (le film mythique des déviants post-hippy/proto-punk des seventies), et côté « glauque », un super duo formé de Snuff Movie et Crève Salope (qui n'est pas une redite de Panik !), qui montre une certaine attirance vers la fange et l'extrême (Sade ou Georges Bataille, mais en plus brut, c'est le média rock qui veut ça, je pense !). Enfin, je ne peux cacher l'extase totale que constitue le morceau Clé de Contact : critique de la révolution / libération sexuelle, dans le contexte punk. Après ça, plus rien n'est pareil...
Et voilà : iconoclaste et radical, Métal Urbain va inspirer pas mal de gens, du côté de la boite à rythme, mais ça ne donnera pas le même résultat, ça sonnera toujours moins bien. Les textes, idem: il manquera aux suivants la culture des années 70, contre laquelle Métal Urbain se rebellait, ou posait ses constats cyniques, en juxtaposant phrases coupantes comme des rasoirs et imprécations venimeuses.
A l'heure des réseaux, tout le monde peut aller chercher les informations manquantes de cette notule : les labels, les dates, le personnel, tout en notant bien que le groupe s'est reformé et a sorti de nouvelles choses, mais l'actualité n'est pas mon propos ici.
Sources : je n'ai pas relu « Punkitudes » sorti en 1978 aux éditions Rock & Folk. Et de toute façon, j'ai découpé les pages relatives à Métal U. pour mieux les idolâtrer sur les murs de ma chambre. Je n'ai pas consulté le Dico du Rock. Je n'ai pas lu grand chose sur Internet non plus. Ce disque, et son 45t joint dans la pochette, parle pour lui-même. Écoutez-le et écrivez votre chronique.
En 1996, les Éditions de l'Insomniaque ont eu l'excellente idée de publier, en compagnie de quatre autres éditeurs européens, ce livre consacré à une figure du mouvement anarchiste espagnol et de la guerre civile, Buenaventura Durruti.
Son texte est rédigé en cinq langues : espagnol, anglais, allemand, italien et français. Son iconographie comprend des clichés rares, tirés des archives de l'écrivain espagnol Abel Paz (Diego Camacho) et qui font vibrer l'esprit de l'époque.