David Thomas, chanteur du légendaire groupe Pere Ubu, a incarné Père Ubu dans une pièce de théâtre, adaptée d'Ubu Roi d'Alfred Jarry, et jouée à Londres en 2008. Ci-dessous, un extrait de la bande-son de la pièce avec le visuel projeté en arrière-scène : réjouissez-vous !
De vieux vinyles en mode punk, HC, et autres qui méritent quelques mots. Des textes qui méritent citation. Pour une méritocratie affective, somme toute...
dimanche 20 novembre 2011
vendredi 18 novembre 2011
Pourrait être titré : "Where we left off"
« Mais tant qu'une communauté d'intérêts ne situera pas au centre du savoir les inclinations, les doutes, les tourments, les problèmes que chacun ressent au fil du jour -c'est à dire ce qui compose la part la plus importante de sa vie-, il n'y aura que la morgue et le mépris pour transmettre des messages dont le sens ne nous concerne pas vraiment en tant qu'êtres de désirs. »
Raoul Vaneigem in Avertissement aux écoliers et lycéens [p. 42] – Editions Mille et une Nuits – 1995
Il suffit d'expérimenter ceci une fois pour bien comprendre qu'il n'existe aucun autre moyen d'instiller un peu de savoir contenant une étincelle de vie auprès des nouveaux-venus, qui ne l'oublions pas, nous remplacerons.
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Vaneigem ; éducation
dimanche 13 novembre 2011
Doublement barré, Barrett, Syd
Et voilà. The madcap laughs. Et s'il est vrai que le fou parle et rigole, il n'abolit pas grand chose de notre monde insensé par son cri et ses accords barrés. Doublement barrés. Syd Barrett : une personnalité. Un artiste, et un être humain, sur lequel beaucoup fondaient de réels espoirs, en deçà et en dehors de Pink Floyd.
Il composa quasiment tout le premier album des Floyd, qui demeure une œuvre remarquable dans le tourbillon des musiques du XXe siècle : « The piper at the gates of dawn ». Un mouvement alternatif entre le psychédélisme teinté de science-fiction et les nursery rhymes qui bercent les petits anglais.
Il est étonnant que peu de gens s'intéressent aux peintures de Mr Barrett, semble-t-il. Que dirait-on s'il s'agissait de Don Van Vliet alias Captain Beefheart, mais c'est aussi une autre histoire, dont nous parlerons le moment venu. Profitant du bateau réticulaire et de son formidable chalut, je choisis ici de montrer une œuvre de Mr Barrett. Esquissée avant que les paradis artificiels ne prélèvent leur dû.
Je pense que tout est là. Dans le regard, absent ou observateur, ce grand songe permanent dans lequel commence à dériver l'esprit de Mr Barrett. Cette façon de saisir en quelques traits l'attitude et le mental démontre aussi les capacités de l'artiste. Et sa fragilité. Ses univers féériques ne pouvaient se confronter au monde réel. Il nous reste à écouter cet opus, « The madcap laughs », parsemé de gemmes folk & rock et de souffrance aussi. On en sort souriant et grave, avec un peu de vague à l'âme, peut-être ce que voulait l'artiste ?
T.-R.
Tuxedo Moon - Dessine-moi un costume couleur de lune...
Etrange costume, couleur de lune. Il ne s'agit pas d'une citation de Charles Perrault. Ici, le « Tuxedo » pourrait nous faire penser au jazz, ballades et soirées surannées (Tuxedo junction – How high the moon – The moon was yellow...). Finalement, c'est une ruse, puisque l'écoute de Half-mute nous met face à un OVNI déroutant et captivant à la fois.
Pas de guitares saturées, mais boite à rythme, claviers, saxophone, violon, basse (plutôt mixée dans les médium) qui, entre les mains des musiciens, produisent une musique étrange, contemporaine, mais empruntant au classique, alliant dissonance et mélodies, collages sonores et voix très distanciée... Ah, la voix ! À la limite du cynisme (What use ?), de la fatigue (59 to 1), du constat désabusé (Loneliness, Seven years), du reportage (Seeding the clouds). Seul élément quelque peu humain du disque, avec le saxophone qui agite ses flopées de notes, nous éclaboussant de quelques dissonances au passage, et la bande-son de Seeding the clouds, laquelle fait ronronner des automobiles en fond, genre bruitage...
La pochette de l’album, avec ses références à l'abstraction (Malevitch, Kandinsky, mais aussi Klee...) est aussi la manière dont l'album se donne à voir. Textures, couleurs en dégradés, lignes formant des angles, géométrie non signifiante : carte géographique, d'un pays perceptible en creux, ou dessin d'architecte dont le projet n'arrive pas à émerger ? Ce n'est pas la première fois que peinture et musique coopèrent, s'influencent, définissent un style qui symbolise une époque, mais ici, tout ceci nous fait penser à l'Europe, ce qui est excellent pour un groupe de San Francisco.
S'il fallait un disque pour caractériser la fin des années soixante-dix et l'avènement d'années plus incertaines et risquées, ce pourrait être celui-là : il ne nous donne pas de réponses toutes faites, ne distille pas d'idéologie, nous laisse seul, à remâcher nos doutes et notre perplexité. Comme les signes de la plaine de Nazca, ces géoglyphes, dont on peine à trouver la signification...
Les années passant, Half-Mute s'apprécie d'autant plus qu'il demeure difficile à caractériser. L'emporterait-on sur l'île déserte ? Oui, parce qu'il propose toujours des trames et des paysages qui savent retenir l'attention. Parce que nous sommes loin des modes, du reconnaissable, et qu'il est plaisant, somme toute, d'être ailleurs de temps en temps...
Ah ben tiens ! Y a pas le dico du rock cette fois ?
T.-R.
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Tuxedo Moon
samedi 1 octobre 2011
Joy Division : « Tel qui se tue pour une garce fait une expérience plus complète et plus profonde que le héros qui bouleverse le monde. »
Mais Joy Division, le groupe, a, de fait, bouleversé le monde, et son chanteur, Ian Curtis, a réalisé ce que nous dit Cioran, et, en dehors de tout sensationnalisme macabre, ceci fait partie de la légende. Nous voilà très loin de l'univers du rock'n'roll, qui sous-entend, cuir, sueur, solos, et chambre d'hôtel hachées à la tronçonneuse. Nous passons ici le cercle polaire, et restons plutôt du côté obscur de la division boréale annuelle.
La rencontre du groupe et du producteur Martin Hannett sera décisive : ce dernier façonnera le son de Joy Division. Sa manière de travailler (réfrigérer le studio d'enregistrement, créer un climat d'inconfort psychologique pour les musiciens, fragmenter les sons et les retravailler jusqu'à les transformer en artefacts, n'aillant qu'un rapport lointain avec les timbres originels) va créer le phénomène : les deux albums studio de Joy Division ne ressembleront à rien de ce qu'on l'on a pu entendre auparavant.
Unknown pleasures et Closer vont transporter l'auditeur vers des contrées inexplorées : il aura fallu l'alliance d'un chanteur à l'énergie rentrée, très mal dans sa peau, mais ne l'exprimant que dans ses textes et sur scène, et de circonstances telles que le marasme touchant la cité de Manchester allié à l'effervescence punk, pour aboutir à l'alchimie minutieusement construite par Martin Hannett.
La flopée de bootlegs, 45t, maxi 45t, projets de labels qui jalonnent la courte destinée de Joy Division fait aussi partie du « package » : en sortiront l'excellent « Love will tear us apart », le véritable indicatif des années 80, pour peu que l'on se soit branché sur la New wave au moment propice. Et titre Ô combien prophétique concernant la destinée de Ian Curtis !
Une question que certains aimeraient voir poser au bac, en philo : « Les deux albums studio de Joy Division doivent-ils être emportés sur une île déserte ? ». Ne tiendraient-ils pas lieu de la bouteille de rhum et du pistolet chargé, que l'on donnait à celui qu'on abandonnait sur les sables, ou sur une barque, au milieu de l'océan ? Y a-t-il une lueur au bout de ce long cheminement que ponctue la voix grave de Curtis ? Hélas, l'apaisement que l'on peut trouver dans certains titres de Closer n'est que la brève oscillation d'un homme debout au bord d'une falaise.
Après la mort de ce dernier, les anciens de Joy Division animeront les années 80 de leur rythmes mécaniques et synthétiques, sous le nom de New Order : il faudrait un jour faire un article sur cette fascination morbide qui pousse certains à nommer leurs groupes en s'inspirant des heures noirâtres de l'Histoire. Affaire d'image ? Ignorance ? Joy Division a été un tel météore innovant que l'on a oublié la sinistre signification de leur nom... laquelle n'innovait en rien.
Sources : Dictionnaire du rock (Sous la direction de M. Assayas) comme d'habitude / des petits trucs à droite, à gauche, notamment l'opuscule de Jean-François Clément « A band in the decade » paru en 1988/ Le titre de l'article est une citation de Cioran in "Syllogismes de l'amertume" - coll. Idée-Philosophie - Gallimard - 1976 - p. 112
samedi 27 août 2011
Gang of Four : le son mis en quatre
La Bande des quatre vient de faire un retour « grand public » : ils font entendre leur son aux oreilles de beaucoup, sans d'ailleurs que beaucoup sachent de qui il s'agit. En effet, une chanson extraite de leur 1er album Entertainment ! figure dans la bande-son d'une publicité pour Microsoft et sa boite à jeux. Très moderne pour quelque chose datant de 1979 ! Pur cynisme (du groupe) ou pure utilisation marketing (par EMI, Microsoft et consorts) ?
Gang of Four a pratiqué un discours politique subtil, digestion de nombreuses influences puisées chez les théoriciens de la gauche ultra et du situationnisme. Le tout régurgité en un collage de phrases à clés, d'images, l'ensemble enveloppé dans une musique boréale transistorisée, hérissée comme un oursin. Un conseil : trouvez l'album Entertainment ! Ecoutez-le !
La guitare d'Andy Gill est une non-guitare, accouplée à un chant non-mélodique et le liant est une rythmique précise aux articulations saillantes (« funk » est le mot qui revient souvent dans les descriptions : cependant, on peut mettre au défi un amateur de funk d'y trouver son compte, à première écoute bien sûr !). Pensez à un écorché de robot : vous voyez les structures, les câbles, les mouvements spasmodiques, annoncés par les tressautements des gaines en plastique. Ça bouge, mais comment ? Ça tient debout et ça avance : mais comment ?
Natural's not in it, la chanson utilisée par la publicité, propose une introduction de 25 secondes avant l'intervention de Jon King, la voix du groupe. Mais les petits malins du marketing ne pouvaient évidemment pas permettre qu'on entende le texte de la chanson, plutôt caustique vis à vis de la société de consommation et de ses loisirs ! Donc, au mixage, ils ont couplé l'introduction du titre avec un autre extrait du morceau (situé à 1'47'', quand Andy Gill attaque une variante du riff initial). Et le bla-bla publicitaire prend place sur cette trame. Mais dans nos têtes résonne le texte initial : « The problem of leisure, what to do for pleasure, ideal love, a new purchase, a market of the senses... ». Là où Gang of Four ciselait ses phrases et concluait par « This heaven gives me migraine », la multinationale propose son aspirine et son neuroleptique cathodique.
Il fut dit, sur la radio France Culture, la même année que la sortie de l'album Entertainment! de Gang of Four, une phrase qui convient parfaitement : « La ruse de l'Histoire, c'est que lorsqu'on joue d'un instrument, même si c'est du bruit, il en sort toujours quelque chose .» Une fois que l'enregistrement est réalisé, il échappe un peu, beaucoup même, à ses créateurs. Quelle que soit la radicalité des textes, l'étrangeté de la musique, il sera possible, un jour ou l'autre, d'en récupérer des éléments et de leur faire jouer un autre rôle sur l'échiquier de la consommation. Voilà ce que nous avons sous les yeux : mais pourquoi parler de trahison des acteurs du post-punk ? Hypothèse joyeuse : la Bande des quatre, réunie autour d'une pinte de bière, hilares à l'idée d'avoir refilé à une multinationale leur chanson anticapitaliste. Les fans, hilares également, sachant de toute façon qu'ils n'achèteront pas le produit vanté par la pub. Ils ont mieux à faire que de gesticuler devant leur télé : la briser peut-être...
Sources : France Culture, émission "Nuits magnétiques" 1979 - Le punk, c'était comment déjà ? / Rip it up and start again, postpunk 1978-1984 – Simon Reynolds – Trad . Ed. Allia 2007 / Gang of Four, notes du CD Entertainment! réédition de 1995 chez EMI
mercredi 24 août 2011
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