vendredi 1 février 2013

Too drunk to fuck : trop pinté pour fourrer

 
Ayant déjà dit tout le bien que je pense de l'opus du Géant Vert -post précédent- je n'insisterai pas sur la chronique qu'il rédige sur le premier 45 tours des Dead Kennedys (California über alles), ce groupe « essentiel et scandaleux » (1) dont la carrière s'échelonna de 1978 à 1986, en 4 albums, plus une flopée d'autres galettes.

Car d'un autre rond de vinyl il sera ici question : celui dans lequel, faisant foin de ses tendances politiques et idéologiques, Jello Biafra, le légendaire chanteur des Dead Kennedys se penchera sur un problème plutôt terre-à-terre ! Je veux bien sûr parler du 45t « Too drunk to fuck ».

Bon, s'il faut résumer le propos du titre, c'est « la déchéance alcoolisée d'un fêtard lambda, dont l'imprégnation le conduit à une flaccidité qui n'exclut aucunement les comportements erratiques en société », itinéraire passé au vitriol des lyrics de Biafra, avec un riff de guitare totalement rock'n'roll garage et halluciné (2) : une écoute et c'est l'addiction instantanée.

Du grand art donc, comme les DK savaient le faire en cette haute époque, avec l'aide de Geza X à la production. Ce qui nous donne un mixage « touffu » dans lequel on note de subtiles traces de clavier et en définitive, ce son qui symbolise pour moi l'année 1981, et qui constituera une base pour la texture sonore de l'album Plastic surgery disasters (1982), (bien que pour cette fois le producteur soit Thom Wilson).

Et si je me souviens bien, j'avais trouvé ce 45 tours à la Fnac des Halles, qui ressemblait alors à un antre de science-fiction à la moquette grise et usée, où différent éléments sonores se percutaient de rayons à rayons, où le plafond ne celait point ses tuyaux de ventilation et autre branchements électriques. Mettez là-dessus un bon éclairage au néon... Car la lumière du jour était bannie de cet endroit ! Rajoutez l'embouteillage de piétons... Les Halles, c'était l'apocalypse post-nucléaire à portée de métro ! 100 % punk !

1  -  Qualificatifs entendus sur France Culture, peut-être vers 1982, dans une émission ( Nuits magnétiques ? ) qui parlait de la Côte Ouest des États-Unis (Dead Kennedys, Target Video... ). Peut-être retrouverai-je des traces de ceci sur un coin de K7...

- Mais en fait ce riff n'est pas si aisé que ça à jouer : notes détachées et bien précises, notes étouffées, accords, démanchés... Ils ont dû s'amuser à mettre le morceau en place !



mardi 1 janvier 2013

Résolution de nouvelle année : une double page de lecture journalière...

Le petit livre que je présente ci-après propose 80 chroniques, papiers, présentations, pensez au terme que vous souhaitez, de 45 tours liés à l'effervescence punk, qui secoua, si vous ne le saviez déjà, les puces du monde occidental vers la fin des années soixante-dix.

« Blitzkrieg – Histoire du punk en 45 tours » de Géant Vert chez Hoëbeke est le compagnon qu'il vous faut pour l'année 2013. A raison de la lecture d'un article par tranche de quatre jours et demi, votre lecture durera bien 365 jours, et pour les boulimiques, ça durera une semaine, voire moins.

Dès l'introduction, nous sommes plongés dans l'atmosphère délétère de la fin des seventies. Ce qui me fait aimer ce bouquin, c'est déjà des phrases bien senties par rapport à l'esthétique des carrosseries de voitures françaises. Je me réfère à la télé : les seules vraies voitures se trouvaient dans les feuilletons british ou américains, et les pilotes c'étaient Starsky & Hutch, Brett Sinclair & Danny Wilde, ou les débiles de Hazzard...

La crise était là et les immeubles s'éteignaient le soir, et l'essence était plus vitale que la choucroute à Strasbourg ! Le rock était plus qu'encroûté (je vous passe le couplet sur les titres qui durent des plombes où l'ennui atteint des sommets qu'aucun remonte-pente digne de ce nom ne permet d'approcher). Quand au pattes d'éph' et aux cols roulé en synthétique... « Quand je sens une odeur de patchouli, je remplis mon chargeur. » (proverbe New Wave).

Je crois discerner dans la parole de Géant Vert la tendance que nous avions à extrapoler, voire amplifier et illuminer la moindre bribe d'information que l'on pouvait grappiller sur les groupes, tendances, disques, qui devenaient du jour au lendemain notre raison de vivre. Actuellement, c'est pour cela que j'apprécie Internet : si on cherche, on trouve... On vérifie aussi. Mais dans ces temps là, le fantasme allait bon train : un entrefilet, une notule, une dépêche, dans n'importe quel journal ou magazine, et on faisait nos délices de peu !

Lecture de bon aloi donc, pour qui veut se plonger dans les biographies des punks et associés, sur la période 1976-1979. Terminons avec deux petites choses.

Une remarque, à propos de l'émission « juke-box » de Freddy Hausser : il me semble que c'est fin 77 qu'elle se termina sur les tubes cathodiques d'Antenne 2 (et non pas en 1978), avec une série de vidéos consacrées aux groupes punks et quelques prise de vues de jeunes punks de l'époque... Je me souviens d'une phrase du genre : « Les punks ont le plus grand respect pour leur coiffeur... » . Je ne me souviens pas si la diffusion d'extraits de concerts du Festival de Mont-de-Marsan a eu lieu avant ou après cette émission, mais ça aussi ce fut magnifique !

Une photo, avec la couv' du bouquin, une relique : le sac en plastique du (fameux) magasin de disque « Music Box » dans lequel une vendeuse, qui ressemblait à la bassiste des Adverts (je ne peux le garantir !), plaça le 45 tours d'Asphalt Jungle que je venais d'acquérir (avec mes billets de 10 F. Richelieu certainement!). Ça devait être en 1978...




vendredi 28 décembre 2012

Point de croix : Die Kreuzen



Un ami proche croyait que le disque était rayé quand il l'écouta pour la première fois. Ce n'était que le chaos ordonné du morceau « No time ». Cet album ? Vingt-et-un traits enflammés lancés sur les murailles d'une société assiégée. C'est le Hardcore-punk (HC en acronyme) chauffé dans l'Athanor nord-américain : vite, toujours plus vite, ne s'accorder que de courts instants de répit, reprendre les diatribes, ne pas chanter, hurler, feuler, être les bêtes en cage qui se heurtent aux barreaux, sans espoir de les tordre.

Millésimée 1984, la sortie du premier LP de Die Kreuzen a lieu au milieu de l'avalanche de sorties discographiques annuelles multipliée par 50 états que comptent les E.-U., chaque district ayant son groupe de HC, bien évidemment, ce qui ne rend pas toujours les groupes très visibles. Pour saisir le phénomène, il faut feuilleter quelques vieux numéros du fanzine Maximum Rock'n'roll, à la rubrique des chroniques de disques...

Imaginez que Die Kreuzen sont de Milwaukee, Wisconsin, la région des Grands Lacs. Une région qui ne fait pas spécialement parler d'elle. Or nous avons là un groupe qui, maniant un tempo frénétique et fracturé, nous accommode son malaise adolescent au moyen de textes brefs, violents et sans appel, d'une basse Rickenbacker précise et osseuse, d'une guitare omniprésente en solo comme en rythmique, se risquant rarement dans le mode majeur !

Une vraie catharsis musicale et vocale, vu la façon dont l'ensemble est régurgité : le disque s'écoute comme du live. Si on osait, et nous allons oser, nous les comparerions aux Wire de la période Pink Flag, avec moins d'accords majeurs, mais le même parti pris, à savoir, caser vingt-et-un titres sur un vinyl... Ultérieurement, ils enregistreront justement le morceau Pink Flag, qui aurait pu faire un superbe bonus pour leur premier album.

Terminons sur une impression : la pochette, avec ses monstres squelettiques, dans un paysage qu'on devine être industriel et noirâtre... Elle m'a toujours fait penser à un dessin de Franquin qui, dans son album « Idées noires » (1981), nous croque de jurassiques grues de chantier, cliquetant et grinçant dans la nuit. Je vous soumets les deux idées, et un témoignage sonore frénétique et jeune des Die Kreuzen : Dan Kubinski, Keith Brammer, Herman Egeness, Erik Tunison.
 

 In school - 1983 -

Voici le dessin de Franquin tiré des "Idées noires"...

...et les inquiétantes créatures en pointes et os de la pochette.

samedi 8 décembre 2012

Je suis d'ailleurs


Pour faire suite au post précédent, je soumets à la sagacité des lecteurs cette étrange couverture, qui a fait (fera) date dans la micro-histoire de l'édition.

Certains, je les entends déjà, diront que cela ne pouvait tomber que sur  H. P. Lovecraft : spécialiste ès-malédictions, connaisseur hors-pair des créatures d'outre-espace donnant envie de cesser séance tenante toute exploration martienne, expert en boites de Pandore dont l'ouverture révèle d'horrifiques panthéons, le voilà donc victime de la terrible et ignominieuse coquille de couverture.

Impossible à dissimuler, portant atteinte au patronyme révéré par beaucoup, infamante, car multipliée comme autant de rejetons de Yog-Sothoth à la pestilentielle aura..

Voilà l'écrivain qualifié de « Lovercraft », alors que « lover » n'est pas le mot qui vient (spontanément) à l'esprit lorsqu'on en aborde les écrits !

Mais cela, tout lecteur à l'esprit affûté l'aura compris : l'imprimeur a sans doute été trompé par quelque démon venu de l'océan, fâché de se voir révélé au grand jour par cet étrange homme du 19e siècle perdu au 20e.

Par-delà le mur de l'illustration, je vous propose en suffocation musicale une bonne dizaine de minutes en compagnie de Shub-Niggurath (le groupe français), vous allez entendre, ils sont (étaient plus exactement) de bonne compagnie et illustrent parfaitement les textes de H. P. Lovecraft.

T.-R.

 

mercredi 5 décembre 2012

Rudimentary H. P(eni) Lovecraft

En 1987 sort un album du groupe anglais Rudimentary Peni, sobrement intitulé « Cacophony ». Ce disque est extraordinaire. Il fait la jonction entre la thérapie psychiatrique, l'Atelier de Création Radiophonique de France Culture, et l'écrivain américain légèrement barré, H. P. Lovecraft.

Rudimentary Peni est connu plutôt pour ses courtes et incisives chansons punk, dotées de riffs imparables, associées à une rythmique basse/batterie métronomique assez enlevée. Il est vrai que cet album comporte quelques titres de ce genre, mais ce n'est pas là l'important. Au lieu d'une redite, on se trouve ici en présence d'un album concept, tournant autour de l'esprit et des écrits de H. P. Lovecraft, dont l'évocation et les citations tournent rapidement à la folie furieuse, l'angoisse irrationnelle, la crise délirante.

Pour commencer, il est impossible de qualifier une seule des chansons de Cacophony de... normale. Ça commence bizarrement, ça ne se se termine pas à proprement parler, et la majorité des textes n'est pas chantée !

Ils sont ainsi déclamés, au moyen de voix variant du murmure au hurlement, de l'aigü au grave, en passant par l'idiome rocailleux et roulant les « r » du gardien du pont, dans le « Sacré Graal » des Monty Python !

Affirmer qu'il y a trente titres sur cet album n'est pas suffisant pour le décrire, aussi vous conseillé-je de l'écouter. Il faut l'entendre pour le croire : quand un morceau démarre, puis s'interrompt au bout de cinquante secondes, surgissent des enregistrement de voix contrefaites, forcées, délirantes, au débit rapide, ou asthmatique, montées en parallèle sur la bande magnétique (d'où la référence que je fais à France Culture et ses ACR). Du coup, quand arrivent quelques solides accords punk-rock on serait prêt à pousser un soupir de soulagement, puisqu'enfin survient quelque musique à laquelle se raccrocher !

Ces juxtapositions de mots, citations, suites de noms propres lovecraftiens, logorrhées tourbillonnantes et autres ambiances étranges, font également appel aux mannes d'Edgar Allan Poe, et de Tod Browning... Du beau linge, Madame... Mais pour le repassage, on dira que c'est de l'art brut.

Cacophony est une œuvre que je mets aux côtés de celles d'Antonin Artaud : le disque aurait pu s'intituler « Pour en finir avec toute velléité de classement quelconque dans une petite case pratique qui permet au cerveau de s'endormir sans se poser trop de questions ». Grâce en soit rendue aux protagonistes de Rudimentary Peni : Nick Blinko (voix, guitare, dessins, textes), John Greville (batterie) et Grant Brand (basse).





La bande-son : un couplet sur H. P. Lovecraft...



T.R. (written in Dunwich or was it in Arkham ?)

dimanche 18 novembre 2012

Il est bon de se rappeler...



...que l'album « Never mind the bollocks » fut précédé de 45t, lesquels sortirent en France, chez Barclay, et ce fut donc le cas de « God save the queen ». Sa sortie officielle en Grande Bretagne eu lieu le 27 mai 1977.

Le scandale fut direct et imparable : s'attaquer à la monarchie (au moment de la célébration du jubilé de la reine) et inventer le slogan phare du mouvement punk (no future !) au moyen d'un petit rond de vinyle, bientôt diffusé dans le monde entier, eut un double effet.

En premier lieu, les Sex Pistols, qui commençaient à raser les murs depuis la mise en route de leur 1er hit « Anarchy in the UK », devenaient des ennemis public n°1. Johnny Rotten, le chanteur, ainsi que ses camarades, commencèrent à subir des attaques physiques directes, (couteau, barre de fer, lame de rasoir).

Mais dans un deuxième temps, l'esprit du « No future », qui au départ ne devait concerner que l'Angleterre et ses rêves déchus, allait se répandre, durant toute la  fin du 20e siècle, dans les esprits jeunes et moins jeunes, jusqu'à gagner le titre de philosophie quotidienne, d'analyse radicale, d'excuse typique, et de conclusion agaçante, pour tous les affairistes nous vantant la beauté des années à venir. Les Pistols avaient raison.
 
Sources : Jon Savage, England's dreaming - Les Sex Pistols et le mouvement punk, Allia, 2002 / Bang ! It's the Sex Pistols ! T. Schwartz in Newsweek 01/1978 /






vendredi 16 novembre 2012

Outsets

Outsets ? Et même pas de « the » devant le nom du groupe ? Eh bien non ! Il faut bien dire que la pochette de ce maxi EP n'aurait pas retenu mon attention (un calibre « on the rocks » dans une coupe, avec assortiment d’œillets fanés...) si je n'avais vu Ivan Julian au dos. Et là, il faut dire que l'autre guitariste des Voidoids a de quoi tirer nos neurones de la torpeur, qualifié qu'il est pour raviver nos souvenirs de la « blank generation ». Avec son complice Robert Quine, ils ont zébré le premier 33t de Richard Hell de superbe façon, donnant ses lettres sauvageonnes à l'écriture guitaristique, torturant l'électricité, passant les accords au scalpel du raffinement punk !

Alors certes, c'est le punk de New York, en lui-même assez varié (les Voidoids sont différents des Ramones qui n'ont pas grand chose en commun avec Blondie, cela a souvent été dit et rabâché, même si tous ces artistes évoluaient dans le même périmètre). Et quand on écoute Ivan Julian et ses Outsets, on a cette voix qui nous fait penser à celle de Richard Hell, et les éclairs de guitare qui nous rappellent ce superbe album qu'est Blank Generation. On est dans le même esprit.

Bien sûr, le EP qui vous vaut ce papier aujourd'hui est produit à la sauce de l'époque (eighties) par Garland Jeffreys. Un son poli, beaucoup trop poli et compressé. Trop maniéré et finalement paralysant l'énergie des titres. La conséquence en est une primo-déception qui vaudra à cette pièce de vinyl un long purgatoire dans le stock de disques, classé/délaissé/oublié à la lettre « O ». Il faut des années pour forger une écoute attentive. Revenir à cet enregistrement, c'est déjà admettre que les eighties sont loin derrière, et qu'on peut y trouver des pépites, si on se donne l'occasion de la réécoute .

Et justement, sur la toile, on pourra trouver une version live de « Young man's money »1, un titre énergique, à un moment où l’argent de poche manque à pas mal de plus jeunes ! En trente années de dépression économique, on pourra dire qu'il existe au moins une constante en la matière !

Les autres titres sont des ballades urbaines plus ou moins enlevées, avec de petites touches funk (Dancin' in the dark), des arpèges cristallins de guitare Fender qui se perdent quelquefois en distorsions liquides avec une voix quasi-new wave (Heart on fire) et ce qui aurait dû donner son titre au EP, le morceau Iceman, mais bon, si nous apprécions la guitare d'Ivan Julian, on ne peut que constater ici un manque de... créativité ! L'instant orgasmique du rock'n'roll n'est pas là ! OK, je joins à ce papier numérique deux vidéos : la version EP de « Young man's money » et « Blank generation », juste histoire de.

 1 – Live at WFMU / chatting with Terre T : un ensemble de titres enregistrés live en 2011...Trouvable, téléchargeable...